Champagne-Ardennes

 

25 600 km²

1 340 000 habitants

 




La Champagne pouilleuse

 

On l'appelle aussi Champagne crayeuse ou champagne sèche (en opposition à une autre région naturelle voisine, la Champagne humide).

 


La Champagne Pouilleuse s’étend, sans les inclure, entre la Thiérache au nord et le pays d’Othe au sud, suivant une forme d’arc de cercle ou de croissant dont les extrémités seraient orientées à l'ouest.

C'est une vaste plaine, quelque peu ondulée voire vallonnée, dont les vallées sont très peu encaissées, et dont les altitudes moyennes minimales se situent entre 60 et 80 mètres, et les altitudes moyennes maximales entre 160 et 180 mètres.

La menthe pouliot
La menthe pouliot

 

Elle était appelée autrefois « Champagne pouilleuse » qui vient probablement de l’adjectif pouilleux, miséreux, donc peu fertile, par métonymie de personne misérable, qui a des poux (anciennement püil, peoil, pouil, du latin peduculus, petit pou) ou bien de la plante vivace, la Menthe pouliot très commune sur la plaine crayeuse laissée en jachère, appelée savarts. Ces espaces étaient le domaine du pâturage ovin et se tapissaient de rose en mai lors de la floraison des pouliots. C‘est une zone dépourvue de mares et zones humides à cause de la perméabilité des sols, pour cette raison peu favorable à l'agriculture et à l'élevage bovin mais qui permettait tout de même la céréaliculture (à faible rendement) et l'élevage ovin moins exigeant en prairies. Une expression locale disait : « 1 champenois et 99 moutons font 100 bêtes ».

en vert, la Champagne pouilleuse
en vert, la Champagne pouilleuse

 

 

Jusqu'au milieu du XXe siècle, la région essentiellement agricole reste pauvre et dépeuplée. Son économie reposait sur l'activité pastorale et céréalière dont il ne reste plus guère de vestiges notamment dans les villages. L'habitat dont les murs faits de torchis puis de carreaux de sable et les toitures de chaume n'ont pas résisté au temps, de même les fermes étaient moins cossues que dans la Brie ou la Beauce.

 

Mais aujourd'hui, elle est devenue l'une des plus grandes régions agricoles de France et d'Europe grâce à la mécanisation, l'utilisation des engrais, produisant des céréales, oléagineux, protéagineux, légumineuses, cultures industrielles betterave à sucre, pommes de terre, chanvre, lin, etc. ces productions étant transformées par les industries agroalimentaires présentes sur tout le territoire.

 

Une autre de ses grandes richesses est que son sous-sol crayeux permet la culture de la vigne nécessaire à l'élaboration du vin de Champagne.

La région est donc devenue plus riche. Ce qui faisait sa faiblesse, un sol perméable naturellement pauvre voire stérile, est devenue sa force : le sol crayeux et léger s'est avéré un excellent support pour les modes culturaux de l’agriculture moderne. Toutefois, la région reste toujours aussi dépeuplée et fait partie de ce que les géographes ont appelé la diagonale du vide.

 


1915 : les batailles de Champagne

Trois récits lus le 11 novembre 2015 à Ste-Anne d'Auray

pour illustrer les batailles de Champagne


Lezel a hrei àr é lérh un intañvez ha tri énevad
Il laissera une veuve et trois orphelins

  Ganet é me zad kozh, Ferdinand Helleg ér blé 1981, é Kérivo Krah. Diméet é é 1910 ged Anne-Marie ar Floch, saùet a Grah hi eùé. Groeit en-des é soudarderezh 6-7 vlé kent.

 

O daou, éh ant de zerhel tachenn é Kerleskan Karnag, étal ar Vein. Kent pell é tei 3 a vugalé d’ober joé én tiegezh. Ar gourig a oé Jeanne, me mamm, deit ér bed é miz mé 1914.

 

Èl é genoedeged deusto dehon boud karget a familh, é vo galùet de voud soudard é miz est 1914.

Red a vo dehon heli an (72ed) daouzegved Réjimant ha tri-ugent a ré àr droed ha kemér perh é krogadoù miz est 1914 é bro Beljia hag é Emgann ar Marn é gwenholon.

Ragsé, é vo aotréet de zoned d’ar gér eid bokein d’é verhig.

 

 É miz huévrér 1915, chetu é Réjimant é bro Champagn é talein doh an Alamaned étal Perthes-les-Hurlus, tachenn Beauséjour, Souain, Massiges, hanùoù brudet ar hrogad-sé.

 

D’an 23 a huévrer, ne vo ket gwélet me zad-kozh é toned éndro. Disklériet a vo èl kollet, hag àrlerh, marù eid Frans. Ne vo ket biskoazh kavet é gorv. El ma fallé kavouid ul léh eid é varù, éma bet merchet hani Mesnils-les-Hurlus.

Chetu me mamm-gozh intañvéz ged 3 a vugalé vihan, pewar blé de Ferdinand, an hani kozhan ha tost d’ur blé de me mamm, Jeanne.

Àrlerh em-es kleùet laret hé-doé me mamm-gozh kollet ar gomz épad ur blé.

Én hé unan, é talho an dachenn. Ne ziméo ket anehi éndro hag hi a vo é begin betag an achiùmant.

 

Èl ma nen da ket ur goalheur én é unan, é miz mé 1940, hé-devo ar glahar de goll hé mab kozhan, Ferdinand, lahet ér brezél, étal saint-Omer.

Revé komzoù an Ao Alain Cadudal. Krah

 

 Né en 1881 à la ferme familiale au village de Kérivo en Crac’h, mon grand-père, Ferdinand Hellec, s’est marié en 1910, à Anne-Marie Le Floch, elle aussi native de Crac’h. Il est dégagé des obligations militaires depuis déjà 6-7 ans.
Ensemble, ils vont tenir une ferme à Kerlescan en Carnac, près des alignements.
Trois enfants vont venir rapidement compléter leur bonheur.
La petite dernière, Jeanne, ma mère, naitra au mois de mai 1914.

Comme tous ceux de son âge et malgré sa charge de famille, mon grand-père devra répondre à l’ordre de mobilisation d’aout 1914.

Il sera affecté au 72ème Régiment d’Infanterie et participera ainsi aux combats du mois d’aout 1914 en Belgique et à la Bataille de la Marne en septembre de la même année.
Entre temps, il aura eu droit à une brève permission pour venir voir sa fille.

En février 1915, son Régiment est engagé en Champagne pour contrer l’avance allemande autour de hauts lieux dont le nom est resté associé à cette bataille : Perthes les Hurlus, ferme de Beauséjour, Souain, Massiges.

Le 23 février, mon grand-père ne reviendra pas d’une offensive. Il sera déclaré « disparu » et plus tard mort pour la France.
Son corps ne sera jamais retrouvé. Comme il faut un lieu de décès, c’est celui de Mesnils les Hurlus qui lui sera donné.

Ma grand-mère Anne-Marie se retrouvera veuve avec 3 enfants en bas âge, dont l’ainé Ferdinand qui vient d’avoir 4 ans et ma mère, Jeanne, qui n’a pas encore 1 an.
J’ai appris par la suite que, pendant près d’un an, ma grand-mère, perdit l’usage de la parole.
Elle tiendra la ferme toute seule, elle ne se remariera pas. Jusqu’à sa mort, elle portera l’habit de deuil.
Et comme le sort n’était pas suffisant, en mai 1940, elle aura la douleur d’apprendre la mort de Ferdinand, son fils ainé, tué au combat, près de St-Omer.

D’après les propos de M Alain Cadoudal de Crac’h.


La Main de Massiges
La Main de Massiges

Gourhemenn é vreur
La volonté de son frère

Loeiz ar Formal a zo ganet é Nestellig-Pléhéneg é 1887. Pesketaour a vo èl é dad hag é dad-kozh.
Èl a rézon, é vo ér Varin vo é hrei é amzér soudard. É miz est 1914, é tilézo é gensorted ag ar « Horsaire », léhiet én Intell, eid moned d’ar brezel. Deusto dehon boud martelod àr vor, é vo red de Loeiz, goaz me mamm-gozh gober ar brezél àr zouar. Eid dehon boud diméet a-houdé 1912, n’en-doé krouédur ebet.

Adal man dé bet galùet é 1914, en-doé komprenet é vehé bet kri ha spontuz ar brezél. Spurmantet en-doé pegen kalet vehé bet buhé an intanvézed àrlerh ar brezél : biùein én o unan, ér beuranté hag én diovér.
Kent kuitad ar gér, é skriùas ul lihér d’é vreur Jean-Marie, a oé 7 vlé yaouankoh aveiton. Ennon, é houlenné geton kemer é vouéz Jozéfin de bried, lakam é teliehé chom àr ar bratel-brezél. Ar memes-tra a skriùas d’é bried, a hré Jejeb anehi.

Ur gouiañvad abeh, é vrezélo ged ar (51ed) unanved Réjimant ha hanter-hant a ré àr droed, ér hetan krogad a Champagn, léh ma vo saùet àrlerh Kamp Soudarded Suippes.
Goudé ohpenn 20 eneb-argadenn a-berh an anemizion, ne hounido é Réjimant nameid 2 pé (3) dri kilometr.
Braz meurbet ar holloù ! Doh tu ar  hevredidi, ohpenn ur million a dud a zo bet kollet a-houdé penn ketan ar brezél (én o mesk, ar ré lahet, ar ré gouliet hag ar ré prizonet).
Loeiz a vo én o zoéh, alas ! Chomel a hrei àr an dachenn. Biskoazh ne vo kavet é relégoù.
Revé an diviz a Justis, é vo merchet en-des marùet d’an 22 a huévrér 1915, é Mesnils-les-Hurlus.
Drailhet vo ar gér abeh, é korv emgann miz gwenholon.
Ur miz àrlerh, é hanter-veurh, ar Jénéral Joffre a arsaùo peb tra.

Jean-Marie en-des groeit revé gourhemenn é vreur kozhan, Loeiz. De genvér 1920, Pépé Jean-Marie en-des diméet doh Mémé Jejeb.
Me zud kozh é oent.
Revé komzoù an Ao Louis Formal

Né à village de Nestellic en Plouhinec en 1887, il sera marin-pêcheur, comme son père et son grand-père avant lui.
C’est tout naturellement vers la Marine qu’il se tournera pour faire son service militaire.
En aout 1914, il laissera ses collègues du « Corsaire », son dernier embarquement à Etel, pour répondre à l’ordre de mobilisation
Inscrit maritime, Louis Le Formal, le mari de ma grand-mère, sera mis à disposition de la guerre par la Marine. Marié depuis 1912, il n’avait pas d’enfants.

Mobilisé en novembre 1914, il avait compris que cette guerre serait cruelle et meurtrière. Il avait deviné ce que serait le sort des veuves de soldats après la fin du conflit : la solitude, la pauvreté, la misère.
Avant de partir, il écrivit à son jeune frère Jean-Marie, de 7 ans son cadet, une lettre lui demandant d’épouser Joséphine son épouse, s’il devait rester sur le champ de bataille. Il écrivit la même chose à son épouse, celle qu’il appelait Jejeb.

Engagé avec le 51ème Régiment d’Infanterie dans la 1ère bataille de Champagne, il va combattre tout l’hiver, dans la région de ce qui deviendra par la suite le camp militaire de Suippes.
Résistant à plus de 20 contre-attaques ennemies, son régiment ne gagnera que 2 à 3 km de territoire.
Les pertes sont colossales. Du côté allié, les pertes (morts, blessés, prisonniers) dépassent le million d’hommes depuis le début du conflit.
Hélas ! Louis sera de ceux-là. Il ne reviendra jamais d’une offensive. Son corps ne sera pas identifié.
Par décision de justice, la date de son décès sera fixée au 22 février 1915, à Mesnils-les-Hurlus. Le village lui-même ne résistera pas à l’offensive de septembre.
Un mois plus tard, à la mi-mars, le général Joffre ordonnera la suspension de l’offensive.

Son frère Jean-Marie a honoré la demande de son grand frère Louis.
En janvier 1920, pépé Jean-Marie a épousé Mémé Jejeb.
C’était mes grands-parents.


Extrait du journal Le Miroir de 1915
Extrait du journal Le Miroir de 1915
Extrait du journal Le Miroir de 1915
Extrait du journal Le Miroir de 1915

La légende des photos du journal est la suivante :

Deux tanks et leurs équipage après l'offensive de  Champagne.

Les incidents qui ont marqué l'entrée en lice de tanks à la dernière offensive de Champagne ont mis en relief l'héroïsme des équipages de ces chars d'assaut. Les batteries allemandes avaient reçu la mission spéciale de combattre les engins nouveaux qui furent accueillis par un tir terrible. Les blindages résistèrent. L'un des chars prit feu, un autre resta en panne. leurs équipages réussirent à se tirer d'affaire avec leurs mitrailleuses. Tous les officiers et soldats qui montent les tanks sont volontaires.

 

 

 Pierre ar Floch, “ho mab ho kar”
Pierre Le Floch : “votre fils qui vous aime


Pierre ar Floch, ur breur de me zad-kozh, met yaouankoh aveiton, a oé ganet é Kervihern-Borleùiné, d’ar 11 a viz genvér 1891. A ziàr 10 a vugalé a oé ér familh, éh oé 5 paotr. Tri anehé oé kaset d’an talbenn. Daou àr dri a zo chomet.
Èl ma oé ag ar sklas 11, éh oé bet sudardet d’an 10 a viz gouil-Mikél 1912. Tri blé a badé ar servij én amzér-sé. Alas ! eiton, ne vo distro ebet d’ar gér.
Èl ma tigoré ar brezél, d’an 2 a viz est 1914, éh oé red dehon héli é Réjimant, ar (65ed) pempved Réjimant ha tri-ugent a ré àr droed, betag an talbenn, sudard a eilved sklas ma oé ean.
Ne vezé ket stank é lihérioù. Doh kein ur portelet-sudarded, tennet d’an 13 a viz imbrill 1915, é skrioù éma é Reter hag a vercho : « ho mab ho kar ».
Un diéll arall a zo goarnet aketuz én é familh eùé : é vortuaj é. Skriùet é bet é genvér 1921, ohpenn 4 blé goudé é varù.

Dré ar Fransizion é krog emgann vro ar Champagn, é gwenholon 1915. Adal ar 22 a hwenholon, é skop ar péhioù kanon tri dé ha ter noz dohtu heb àrsaù. Krénein an douar édan lued ha gurun an obuzioù.
D’ar gwéner ag ar 25 a hwenholon, de 9 eur de vitin, é sailhant ér méz ag ar fozeloù.
Glaù a hra. Épad an noz, barradoù deur en-des distrampet an douar blod ha gwenn.
De holeu-dé, é argadant, ar soudarded àr droed é lansein stedad àrlerh stedad. Kouéhel a hra àrnehé kohadoù tan a beb tu, èl pe vehé arriù an achiùmant ag ar bed, an ihuern diskennet àr an douar ged tud varù ha tud gouliet é peb léh.
De virùikén é vo mélet ar soudarded-sé.
D’ar 25 a hwenholon, de cherr-noz, é wéler sourziened, klandierion, kravahaterion é ober àrdro ar ré ivéret, a zo liés a wezh é tennein o hakoù devéhan. An déioù àrlerh, é tastumer hoah lod anehé.
An dé-sé, éma bet disklériet marù Pierre ar Floch, men gour-èondr, paotr yaouank kozh, lahet àr an talbenn, én é 24 vlé, é Mesnils-les-Hurlus, ér Marn.
Diskaret é bet penn-der-benn ar gér-sé épad an argadoù.
An dé àrlerh, d’an 26 a hwenholon 1915, é skriùé Loeiz Herrieu : « Ema al loér é seùel, ru-poah, èl pe vehé àrnehi dameuh ar goed skuillet aman ».
Enklaskoù an Intron Pauline Cohoner
a Fontenay-le-Comte

 

Né à Kerviherne en Merlevenez le 11 janvier 1891, Pierre Le Floch était un frère de mon grand père, plus jeune que lui. Ils étaient 10 enfants dont 5 garçons dans la famille. 3 sont allés au front, 2 y sont restés.
Il était de la classe 1911 et fut incorporé pour son service militaire le 10 octobre 1912. La durée légale du service était alors de 3 ans donc pour lui, pas de libération.
Au début de la guerre, le 2 août 1914, il a dû suivre au front son régiment, le 65e RI, comme soldat de deuxième classe.
Sa famille n’avait pas beaucoup de nouvelles. Dans une lettre au dos d’une photo de groupe datée du 13 avril 1915 il dit se trouver dans l’Est et signe « votre fils qui vous aime ».
L’autre document gardé aussi très précieusement dans sa famille est daté de janvier 1921 et c’est l’avis de son décès, plus de quatre ans après celui-ci.
Les français lancent la grande bataille de Champagne en septembre 1915. Préparée par l’artillerie à partir du 22 septembre, c’est pendant 3 jours et trois nuits sans interruption le tonnerre des canons crachant des éclairs et des obus.
Le vendredi 25 septembre 1915 à 9 h 15, c’est l’attaque.
Il pleut. Dans la nuit, des torrents d’eau ont délayé la terre molle et blanche.
Au matin, c’est la ruée, les fantassins s’avancent par vagues simultanées et alignées. Un ouragan de feu s’abat, à faire croire à la fin du monde, un vrai enfer avec des morts et des blessés partout.
L’héroïsme des soldats allait ce jour là leur donner une renommée éternelle.
Le soir du 25 septembre, les médecins, infirmiers, brancardiers s’affairent autour des blessés, souvent agonisants. Les jours suivants les brancardiers en ramènent encore.
C’est ce jour là que Pierre Le Floch, mon grand oncle, 24 ans, célibataire, est déclaré disparu, tué à l’ennemi, à Mesnil les Hurlus, dans la Marne.
Le village lui-même, avec plusieurs autres, a disparu à tout jamais dans cette bataille.
Le lendemain 26 septembre 1915, Loeiz Herrieu, 88e RI, écrivait : « La lune se lève, rouge écarlate, comme si elle reflétait le sang répandu ici.»

Recherches de Mme Pauline Cohoner
 de Fontenay-le-Comte