en Picardie

 

 

19 400 km²

1 920 000 habitants




Verderonne

Fusillés pour l'exemple

Que s’est-il passé le 7 septembre 1916 à Verderonne dans l’Oise ?

 


Voici ce qu’en dit Jean-Claude Flament dans son livre : Fusillés pour l’exemple Oise, septembre 1916.


…Seize soldats sont du 8ème (Régiment d’Infanterie Coloniale),


Isnard Charles,
Hardy Ernest,
Vevia Pierre,
Giorgi Mochel Ange,
Istria Jean-Baptiste,
Bazon Léon,
Lançon Julien,
Jouault François,
Lafont Georges
et Strobel Eugène,

plus les caporaux

 

Marchietti Sylvestre,
Boudet Auguste,
Ostruc Félix,
Pérard Gaston,
Savignac Eugène,
Dominici Jean (accusé de complicité d’abandon de poste).


Du 4ème (RIC), ils sont quatre,


Jourdain Auguste,
Vallier Basile,
Bouchaut Fontenelle,
Casiez Edmond.


Ils sont accusés d’abandon de poste, avec une circonstance aggravante : ils sont reconnus instigateurs de la révolte !

Ils rejoignent, dans une cave à Verderonne, trois autres condamnés à mort,


Jean-Michel Suraud,
Justin Lorho,
Louis Chevestrier,


qui attendent leur exécution. Leur condamnation date de quelques semaines mais, en application de la loi du 27 avril 1916, ils ont fait appel du premier jugement.

 

Jean-Michel Suraud, marié, 34 ans, du 24ème RIC, est père de deux enfants. Il a une longue expérience militaire. Engagé volontaire depuis 1903, au 6ème RIC, il a fait une campagne au Tonkin de 1905 à 1909 et la Cochinchine de 1911 à 1912. Depuis le 2 aout 1914, il est engagé dans le première guerre mondiale.
D’un caractère bien trempé, il écope en 1912 d’une condamnation militaire pour bris de clôture, voies de fait et outrages par paroles sur un supérieur. Ce passé et ce caractère feront de lui un coupable tout désigné pour servir d’exemple devant le conseil de guerre de la 2ème DIC, le 17 aout 1916…

 

Justin Louis Lorho, célibataire du 3ème Régiment d’Artillerie de Campagne, a 24 ans. Il avait été accusé de vol de chemise et d’une paire de brodequins le 1er novembre 1914 à Valmy. Jugé, il fut acquitté. Cette accusation, sans suite, joua certainement en sa défaveur lorsqu’il comparut de nouveau le 30 juin 1916 devant un conseil de guerre pour désertion. Soldat rengagé, il avait deux ans et dix mois de service.

 

Quant à Louis François Chevestrier, il a 36 ans. Ce marin de profession, terre-neuvas et fils de terre-neuvas, fait partie, comme Marchetti et Lançon, du 8ème RIC. Le Conseil de guerre le condamna à mort le 24 mai 1916, également pour désertion. Le 8ème RIC avait déjà eu à faire face à un mouvement d’insubordination, le 5 mai 1916. Un conseil de guerre avait condamné cinq soldats à la peine de mort le 17 mai 1916, pour désertion face à l’ennemi. Quatre furent graciés.

 

Jean-Michel Suraud, né  le 27 mai 1882 à Nantes (Loire Inférieure)

Justin Louis Lorho  né le 12 juillet 1892 dans le Morbihan à Saint-Pierre-Quiberon 

Louis François Mathurin Chevestrier  né dans les Côtes-d’Armor le 25 janvier 1880 à Saint-Juvat.

 


Les 23 hommes partagent les quelques mètres carrés qui leur servent de prison. Le 7 septembre, un peloton en armes vient chercher Suraud, Lorho et Chevestrier dès potron-minet. Ils n’ont qu’à traverser la route, la rue de l’Eglise pour se retrouver face à la troupe. Moins de 200 mètres séparent la prison du lieu d’exécution.
La troupe forme les trois côtés d’un carré, dans un champ à l’entrée du village de Verderonne. Face à eux, le peloton d’exécution attend l’ordre de tirer. A 6 heures du matin, les détonations résonnent entre les vieilles pierres de la bâtisse qui fut le lieu de vie d’un prêtre. Elles parviennent aux oreilles des prisonniers. Puis ils distinguent trois coups séparés annonçant les coups de grâce.
Ce coup de grâce doit être donné avec un révolver à cinq centimètres du crâne, au-dessus de l’oreille. Il est ainsi précisé dans l’article 52 du décret du 7 octobre 1909.
Les hommes entendent jouer la musique du régiment qui accompagne le défilé des troupes devant les corps en interprétant le « Chant du départ ». L’armée a besoin de témoins, sinon à quoi cela servirait-il de faire des exemples ?
Sylvestre Marchetti prend un objet pointu métallique, il grave sur le mur : « 7 septembre – Marchetti Sylvestre –condamné à mort – Nous étions 23 hommes dont 3 fusiliers ».

Les trois fusillés dont parle le caporal Marchetti sont les hommes qui partageaient avec eux, quelques instants auparavant, le modeste réduit de la maison curiale.
Les officiers n’ont pas compris que, en agissant ainsi, ils font état de leur propre faiblesse, de leur incapacité à commander, à motiver la troupe…

Le 12 octobre, la division quitte son cantonnement pour rejoindre les environs de Greandvilliers (Oise). L’état-major s’installe au château de Sarcus.
C’est là, le 19 octobre 1916, que Julien Lançon et Sylvestre Marchetti apprennent que le président de la République leur a refusé la grâce. Il ne leur reste que quatre jours à vivre…Les autres prisonniers voient leur peine commuée en années de prison ou de travaux publics, à exécuter après la guerre.


 

 

Eglise St Hilaire de Verderonne
Eglise St Hilaire de Verderonne

Epilogue

A Verderonne, en 1916, les corps des fusillés furent déposés dans le coin le plus éloigné du cimetière. Jusqu’en 1934, les tombes étaient signalées. Elles portaient des emblèmes religieux et la mention « mort pour la France ». C’est durant cette année 1934 qu’une circulaire parvint au maire spécifiant de retirer ces emblèmes et de supprimer cette mention. C’est probablement à cette époque que fut planté un buis qui, au fil des ans, devint un buisson de forte taille recouvrant en totalité ce lieu. Rien ne permettant de supposer que trois corps reposaient à cet emplacement. Le souhait des autorités militaires et civiles durant la guerre, de voir oublier à jamais les tombes des exécutés devenait une réalité, du moins jusqu’à l’aboutissement de mes recherches en 2011. Les recherches aux archives municipales me permirent de retrouver un ancien plan du cimetière avec, marquant l’emplacement, ces quelques mots : « 3 soldats fusillés le 7 septembre 1916 ». Le registre d’état-civil apporta les renseignements complémentaires permettant le début d’autres recherches.
J’ai également retrouvé la petite-fille de Jean-Michel Suraud, Marie-Anne Lollier. Le maire, Bernard Guerre, et la municipalité de Verderonne firent le nécessaire pour que ces sépultures, complètement oubliées et abandonnées, retrouvent la décence qu’il sied.
Le buis fut supprimé et un gravillon étalé sur le sol. Une cérémonie eut lieu le 8 juillet 2011, en présence de la petite-fille du Poilu fusillé. Une plaque fixé sur le mur blanchi rappelle désormais que trois hommes reposent dans ce coin du cimetière.
Le document de 1934 montre que les tombes furent entretenues jusqu’à cette année par l’Etat. En effet, cette circulaire précise que les trois soldats fusillés à Verderonne « n’ont droit ni à la mention Mort pour la France, ni à la sépulture perpétuelle aux frais de l’Etat. Par ailleurs, la convention passée avec la commune se trouve résiliée à la date du 1er janvier 1934 ». Puis au verso de cette note administrative, se trouve la précision suivante : « copie conforme à Monsieur le Maire en l’invitant à retirer les emblèmes en bois surmontant ces sépultures, ou tout au moins à faire disparaitre la mention Mort pour la France ; à cesser tout entretien aux frais de l’Etat sur ces tombes ».

 

Nota.
Tous les éléments du Conseil de guerre pour ces trois soldats ont disparu.

 


Sainte-Geneviève

 


La Commune de Sainte Geneviève est située au sud du département de l'Oise et fait partie du canton de Noailles, dans le pays de Thelle.

Le bourg s'étire le long de la RN1 (Paris - Calais) qui place Sainte Geneviève à une vingtaine de kilomètres de Beauvais et à une cinquantaine de kilomètres de Paris.


Sainte Geneviève a connu une importante activité de tabletterie, puis s'est spécialisé dans la fabrication de corne et d'éventails, puis à partir de 1835 dans la production de brosses à dents et de boutons.

La commune de Sainte-Geneviève, réputée pour avoir été l'un des premiers et des principaux centres de tabletterie de la région au début du XIXe siècle, n'a laissé que peu de témoignages architecturaux significatifs de cette industrie, notamment en raison de l'organisation dispersée, particulière, et donc quasi artisanale des nombreux ateliers.


Vers 1927, un ex-prisonnier de guerre, M. Magnien, fit venir d'Allemagne trois souffleurs de verre spécialistes en thermométrie médicale. Ces souffleurs formèrent les ouvriers français au soufflage ainsi qu'à la gravure. À cette époque, les pompes à vide n'étaient pas utilisées et le remplissage des réservoirs de mercure se faisait par le " bouillage" qui consistait à porter le métal à ébullition afin qu'il grimpe dans la colonne prismatique et atteigne un réservoir supplémentaires provisoire. Chaque thermomètre était gravé à la main et les divisions entre 35 et 42° étaient tracées au tire-ligne. L'usine a employé jusqu'à une trentaine d'ouvriers (souffleurs, graveurs, fermeuses). On y fabriquait des thermomètres à usage vétérinaire, pour des souris ou des animaux plus gros. On y fabriqua aussi des thermomètres au centième de degré pour mesurer la température au moment de l'ovulation féminine. L'usine a définitivement cessé de fonctionner en août 1995.


Tabletterie : Fabrication de petits objets de luxe fins utilisés en décoration, en ameublement (éventail, étuis, échiquier...)



La Forêt de Compiègne

Le réveil de la forêt au printemps
Le réveil de la forêt au printemps

 


La forêt de Compiègne s'étend au Nord jusqu'à la vallée de l'Aisne, à l'Ouest jusqu'à celles de l'Oise et de l'Automne, à l'Est jusqu'aux rus de Berne et de Vandy ; au Sud (Champlieu, Morienval) la forêt s'étend sur le plateau, la limite est conventionnelle.
De manière géométrique, le contour de la forêt forme un cercle de 14 km de diamètre et de 43 km de périmètre, sa superficie est de 14 417 ha.
Le point culminant de la forêt est la plaine du haut Palesne dans le Sud-Est à 145 m d'altitude.
L'Aisne la sépare de la forêt de Laigue au Nord.

Au sud-est, la forêt de Compiègne est séparée de la forêt de Retz par 2,5 km de cultures (au niveau de Brassoir).


Les lieux  occupés par la forêt étaient à l'époque gauloise un vaste marécage, qui sera partiellement cultivé à l'époque romaine comme le montrent les nombreux vestiges de fermes ou d'habitats gallo-romains.
La forêt proprement dite, autrefois appelée forêt de Cuise, s'étendait plus à l'Est, probablement proche du village de Cuise. L'actuel bois de Cuise en faisait partie.

 

C'est là qu'en 561 selon Grégoire de Tours, le roi franc Clotaire Ier « s’en étant allé, comme il était, durant la cinquante et unième année de son règne, dans la forêt de Cuise (la forêt de Compiègne), occupé à la chasse, il fut saisi de la fièvre, et se rendit à Compiègne. Là, cruellement tourmenté de la fièvre, il disait : « Hélas ! Qui pensez-vous que soit ce roi du ciel qui fait mourir ainsi de si puissants rois ? ». Et il rendit l’esprit dans cette tristesse ».


Ce n'est que tardivement au Moyen Âge que les arbres colonisent ou recolonisent les marais, alors délaissés pour composer la forêt actuelle.

De nombreux souverains de France vont aimer y chasser. François Ier est le premier à la faire aménager en traçant 8 routes. Louis XIV fait tracer le grand octogone et 54 routes, Louis XV et Louis XVI en feront percer d'autres, jusqu'à 200. Napoléon Ier fait amorcer la percée des Beaux-Monts. La forêt présente un relief varié se prêtant bien à la chasse : plateaux entaillés de vallons et de gorges, petites collines appelée les monts, ruisseaux et étangs.


Sur les pas des Poilus

Rethondes

La signature de l'Armistice de 1918, dans le wagon de Rethondes. Gravure d'époque
La signature de l'Armistice de 1918, dans le wagon de Rethondes. Gravure d'époque

Clairière de l'Armistice
La clairière de Rethondes ou clairière de l'Armistice, où le Maréchal Foch a reçu les plénipotentiaires allemands le 11 novembre 1918, à 5h du matin, se trouve non loin du village de Rethondes, dans la forêt de Compiègne, mais sur le territoire de la commune de Compiègne. Son nom dérive du nom de l'ancienne gare de Rethondes, gare située dans la forêt sur la commune de Compiègne nommée alors ainsi pour la différencier de la gare principale de la ville. C'est de cette gare que partait la voie menant à deux épis ferroviaires qui s'enfonçaient dans une futaie et qui étaient utilisés en 1918 pour le tir longue portée sur les lignes allemandes. En novembre 1918, recherchant un endroit calme et isolé, ni trop éloigné du quartier général allié de Senlis, ni du front, le train du maréchal Foch et le train pour la délégation allemande y seront acheminés. Le wagon-salon du maréchal Foch servira de lieu de négociations et de signature de l'armistice de la Première Guerre mondiale le 11 novembre 1918. Sur ce site, aménagé entretemps en clairière avec monument, et dans ce même wagon, sera également signé l'armistice du 22 juin 1940 à la suite de la bataille de France au début de la Seconde Guerre mondiale.


La vallée de l'Aisne entre Soissons et Rethondes
La vallée de l'Aisne entre Soissons et Rethondes

Berneuil sur Aisne

De héli, komzoù an Intron Anne-Marie Carour a Bléhéneg, lénet é brezhoneg, é Santez-Anna d'an 11 a viz kalan-gouiañv 2014



Ganet é me zad-kozh, Iehann-Mari ar Floch, ér blé 1886, é Kervihern, Borleùiné. Héli a hrei é dud hag é vreuder ha hoérézed a dachenn de dachenn, èl ma vezé groeit liés kaer én amzer-hont. Ha chetu ind arriù ér Briolaj é Pléhéneg.
Azé, é anaùo Rozali an Arboulet a zei de voud é hroég ér blé 1912.
Ur verhig vihan hanùet Mari a gano ar blé àrlerh. Me mamm a vo.
Kavet o-dé un tiig én Dreff é Rianteg, tost d’ar paludoù kozh. Ha me zad-kozh a yé de labourad ér Porh.
28 vlé en-doé pen-dé bet staget ar Paper kemenn Brezél doh dor-dâl iliz Rianteg.


Dilézel a hra é dud hag é vouéz hag hi é toug ur wezh hoah, ha chetu ean én 62ved Réjimant a ré àr Droéd én Oriant d’an 5 a viz gwenholon 1914.

Pen dé bet achiù emgann ar Marn, en-des komanset brezél ar fozelloù ag a bado ohpenn tri blé. Allaz ! Berr a vo ar brezél aveiton. D’ar pewar a viz kalan-gouiañv, éma lazhet ér fozelloù dirag mengléioù Berneuil sur Aisne, é départamant ag Oise.


Ur miz àrlerh, é lako ér bed me mamm-gozh Rozali ur verhig hanùet Jann. Ne anaùo ket jamès hé zad.
É gwenholon 1914, éh oént tri breur é voned de vrezélad ; daou anehé a chomo àr ar bratell-brezél.

Oll hé buhé, é tougo me mamm-gozh hé dilhad begin braz.
É 1916, p’en-doé groeit ar Stad ur galù d’ar bobl eid dastum argant hag eur, é laré me mamm-gozh hé-doé péet hé lod hag unan a bouiz.

Nag hé zud, nag hi-mem n’en-devo trawalh a argant aveid péein merchein hanù me zad-kozh àr vangoér Bé Meur Santez-Anna.

 

Ci-après les propos de Mme Anne-Marie Carour, de Plouhinec, lus en breton à Ste-Anne, le 11 novembre 2014.

 


Mon grand-père, Jean-Marie Le Floch, est né en 1886 à Kervihern en Merlevenez. Il suivra ses parents et ses frères et sœurs de déménagement en déménagement, comme on le faisait souvent à cette époque, pour arriver au Prieuré en Plouhinec.

C’est là qu’il rencontrera Rosalie Larboulette qui deviendra son épouse en 1912. Une petite Marie naitra l’année suivante. Ce sera ma maman. Ils se sont installés au Dreff en Riantec, tout près des anciens marais salants. Mon grand-père avait trouvé un emploi à l’Arsenal.

Il venait d’avoir 28 ans lorsque l’Ordre de Mobilisation fut affiché sur la porte de l’Eglise de Riantec.

 

Le 5 septembre 1914, abandonnant ses parents et son épouse enceinte, il rejoint le 62ème d’Infanterie de Lorient.

Fin septembre, la bataille de la Marne achevée, la guerre de tranchée s’installe pour durer dans le temps. Hélas ! La guerre sera brève pour lui. Le 4 novembre, il est tué dans les tranchées devant les carrières de Berneuil sur Aisne dans l’Oise.

 

Un mois et demi plus tard, ma grand-mère, Rosalie, son épouse ; mettra au monde une petite Jeanne, qui ne connaitra jamais son père.

Ils étaient 3 frères à partir à la guerre en septembre 1914 : 2 ne reviendront pas.

Toute sa vie, ma grand-mère portera son habit de grand deuil.

Elle disait aussi, lorsqu’en 1916, l’Etat avait fait appel à la population pour avoir de l’or par une souscription nationale, qu’elle avait largement payé sa part d’or.

Ni ses parents, ni elle-même, n’auront suffisamment de moyens pour faire graver son nom au Monument aux Morts de Ste-Anne.

 

Nota

Jean-Marie Le Floch était le frère de Jacques Le Floch, le grand-père de Jean-Jacques

 

 



Vingré

La stèle aux martyrs de Vingré
La stèle aux martyrs de Vingré

 

Julien Dréan, le frère de Maria,  grand-mère de Jean-Jacques, épouse de Jacques Le Floch, soldat du 62ème Régiment d'Artillerie de Lorient, a été fait prisonnier à Vingré le 20 septembre 1914. Il ne reviendra de Doeberitz, près de Berlin, que le 14 janvier 1919.

 

Vingré est tristement célèbre pour ses martyrs, les "Martyrs de Vingré" : les 6 poilus, Jean Blanchard, Francisque Durantet, Pierre Gay, Claude Pettelet, Jean Quinault et Paul Henry Floch. Ils ont été fusillés pour l'exemple le 4 décembre 1914. Ils ont été réhabilités en cassation le 29 janvier 1921.

La lettre que Paul Henry Floch  a écrit à son épouse est restée célèbre par l'émotion qu'elle dégage.

 

Que s'est-il passé ?


Le 27 novembre 1914, après une préparation d'artillerie qui démolit une partie de leur tranchée, les soldats du 298e RI furent surpris par une attaque allemande, qui fit plusieurs prisonniers. Une demi-section française dut alors se replier dans les boyaux. Le bombardement terminé, elle retourna dans la tranchée conquise par les Allemands et les en délogea, reprenant le contrôle de son emplacement. Mais à l'issue de cette escarmouche, une dizaine de soldats du 298e étaient restés prisonniers de l'ennemi. Les deux escouades (24 hommes) qui avaient momentanément abandonné leur tranchée furent alors prévenues d'abandon de poste en présence de l’ennemi. Lors de l'enquête sommaire, les soldats indiquèrent avoir reculé sur ordre du sous-lieutenant Paulaud, et s’être repliés dans une tranchée à l’arrière de la tranchée où l’attaque allemande s'était déroulée. Le sous-lieutenant Paulaud soutient ne pas avoir donné cet ordre de repli, il accable les 24 soldats. Le 3 décembre, le conseil de guerre spécial du 298e RI, à l'issue d'un tirage au sort, désigne six d’entre eux qui sont fusillés pour l'exemple le 4 décembre 1914 en suivant les directives données à ce conseil par le général Étienne de Villaret pour aider les combattants à retrouver le goût de l'obéissance. 

 


le moulin de Laffaux

La reprise du Moulin de Laffaux le 14 septembre 1918, par les Fusiliers-Marins
La reprise du Moulin de Laffaux le 14 septembre 1918, par les Fusiliers-Marins

 

le Moulin de Laffaux sera l'objet de nombreux combats au cours de la guerre 14-18.

Dès septembre 1914, il est contrôlé par les Allemands.


Combats au moulin de Laffaux - 5 & 6 mai 1917

C'est au cours de la conquête du plateau de Laffaux que les chars français participeront à leur deuxième bataille. 48 chars seront engagés. 32 chars Schneider mais aussi 16 nouveaux chars Saint-Chamond. D'un poids de 23 t, ce dernier est équipé d'un moteur de 90 chevaux, armé d'un canon de 75 et de quatre mitrailleuses. Il est servi par 9 hommes d'équipage.

L'opération se déclenche le 5 mai à 4 H 45. Les chars accompagnent les marsouins de la 3ème D.I., les cavaliers à pied du 4ème, 9ème et 11ème cuirassiers et les fantassins du 228ème et du 329ème R.I.. Leur participation est une réussite : ils nettoient les tranchées et détruisent les nids de mitrailleuses. A l'issue de deux jours de lutte acharnée, 12 appareils seront perdus pour 55 hommes hors de combat (3 tués). Une issue plus favorable qu'à la première bataille de Berry-au-Bac.

 

Un peu plus tard, il sera repris par les Allemands.

 

Reprise en 1918 par les Fusiliers-Marins.
Le 14 septembre 1918, le bataillon de fusiliers marins, ceux de Lorient, sortant des tranchées avec une bravoure et une coordination remarquables, a donné l’exemple de l’obéissance stricte et efficace aux ordres reçus. Il a conquis le Moulin de Laffaux  où l’ennemi avait placé des troupes d’élite, mettant un point d’honneur à garder ce sommet historique, tête du Chemin des Dames.

 


Le Chemin des Dames

Le Fort de la Malmaison à l'extrémité Ouest du Chemin des Dames
Le Fort de la Malmaison à l'extrémité Ouest du Chemin des Dames

 

 

Histoire

Il fut baptisé ainsi à la fin du XVIIIe siècle et il s'agissait alors d'un petit chemin, peu carrossable. Il fut emprunté entre 1776 et 1789 par Adélaïde et Victoire, filles du roi Louis XV, également appelées Dames de France qui, venant de Paris, se rendaient fréquemment au château de La Bove, situé entre Bouconville, Sainte-Croix, Ployart et Chermizy. Le château appartenait à Françoise de Châlus (1734-1821), duchesse de Narbonne-Lara, ancienne maîtresse de Louis XV et ancienne dame d'honneur d'Adélaïde. La légende affirme que pour faciliter le voyage, on fit empierrer le chemin qui prit le nom charmant de Chemin des Dames.

 

Déjà César

Ce n'est pas très loin de ce site stratégique maintes fois disputé que Jules César, en 57 avant J.-C, dans les environs de Berry-au-Bac sur l'Aisne, défit les Belges lors de sa Guerre des Gaules.

 

Napoléon en 1814

En 1814, Napoléon Ier, à la bataille de Craonne, y battit les Prussiens et les Russes, au prix de 5 400 morts parmi ses jeunes recrues que l'on appelait les Marie-Louise. Un monument commémore encore cette bataille sur le plateau de Hurtebise, à proximité de la Caverne du dragon.

 

1917

C'est lors de la Première Guerre mondiale que le Chemin des Dames acquit une tragique notoriété avec des lieux comme Craonne ou la Caverne du Dragon.

 

Blitzkrieg en mai 1940

Mais le plateau fut aussi un champ de bataille très disputé au cours de la Seconde Guerre mondiale, après que les Allemands eurent lancé leur Blitzkrieg le 10 mai 1940. La VIe armée française tenta d'arrêter l'offensive allemande en s'appuyant sur la vallée de l'Aisne, le Chemin des Dames et la vallée de l'Ailette à partir du 16 mai. Elle parvint à contenir l'armée allemande pendant 20 jours.

 

Pourquoi une telle réputation ?

Mais la tragique réputation du Chemin des Dames vient de l'offensive imaginée et dirigée par le général Nivelle durant le printemps 1917. Cette bataille prend des noms différents selon les auteurs : offensive Nivelle, seconde bataille de l'Aisne ou bataille du Chemin des Dames. Cette offensive est un cruel échec pour les armées françaises : alors que Nivelle pensait que l'avancée serait foudroyante, Laon (située à une quinzaine de kilomètres à vol d'oiseau) devant être atteinte en fin de journée, le front allemand est à peine entamé. Pendant de nombreux mois, les armées allemandes et françaises se disputent le plateau.

Le bilan de l'offensive est difficile à établir. Les pertes françaises ont été souvent sous-évaluées en ne s'intéressant qu'aux pertes subies entre le 16 et 29 avril. Or, les combats se poursuivent jusque fin juin (prise de Craonne le 4 mai, prise de la Caverne du dragon le 25 juin). Il convient alors de regarder les pertes sur les mois d'avril, mai et juin. Lors des comités secrets réunissant les députés du 29 juin au 7 juillet, le député Favre estime les pertes à près de 200 000 hommes côté français au bout de deux mois d'offensives. Quant aux pertes allemandes, elles sont encore plus difficiles à évaluer.

C'est après cette grande tuerie que se développèrent dans l'armée française des mutineries, particulièrement fréquentes après le 16 avril 1917, et concentrées essentiellement sur le Chemin des Dames et le front de Champagne. La Chanson de Craonne, dont le nom fut donné lors des mutineries de 1917 (la musique était reprise d'une chanson d'avant la guerre), à la suite des pertes militaires, fait partie des répertoires antimilitariste et anarchiste, elle fut absente des ondes jusqu'en 1976.

 

 


Craonne

Le 31 août 1914, la 5e armée française installe son QG dans la commune, au petit château.

Craonne acquiert une tragique notoriété lors de la Première Guerre mondiale. En 1914, après la première bataille de l'Aisne, le village est occupé et sa population est déplacée : le village se situe en effet sur la ligne de front. Avec l'offensive Nivelle, le village fut entièrement rasé au printemps 1917 par les bombardements massifs : 5 millions d'obus sont tombés sur le Chemin des Dames entre le 6 et 16 avril 1917.
 Les combats y sont terribles lors de cette offensive : la 1re division d'infanterie qui monte à l'assaut se trouve bloquée au niveau des caves de Craonne. Puis le 4 mai, une seconde offensive est lancée par la 36e division d'infanterie qui aboutit à la reprise de Craonne et à la progression sur le plateau de Californie.
Après l'échec de cette offensive et les pertes graves subies, des pertes de plus de 130 000 hommes en 10 jours, l'armée française doit faire face à de nombreux actes d'insoumission concernant plus de 150 unités : on parle alors de mutineries. La Chanson de Craonne associe le village à ces insoumissions et au pacifisme.

Le 14 octobre 1918, le village, totalement détruit, est libéré par le 320e régiment d'infanterie.

 

 

La chanson de Craonne

Quand au bout d'huit jours le r'pos terminé
 On va reprendre les tranchées,
 Notre place est si utile
 Que sans nous on prend la pile
 Mais c'est bien fini, on en a assez
 Personne ne veut plus marcher
 Et le cœur bien gros, comm' dans un sanglot
 On dit adieu aux civ'lots
 Même sans tambours, même sans trompettes
 On s'en va là-haut en baissant la tête

 

 Refrain :
Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes
C'est bien fini, c'est pour toujours
De cette guerre infâme
C'est à Craonne sur le plateau
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
Nous sommes les sacrifiés

 

 Huit jours de tranchée, huit jours de souffrance
 Pourtant on a l'espérance
 Que ce soir viendra la r'lève
 Que nous attendons sans trêve
 Soudain dans la nuit et dans le silence
 On voit quelqu'un qui s'avance
 C'est un officier de chasseurs à pied
 Qui vient pour nous remplacer
 Doucement dans l'ombre sous la pluie qui tombe
 Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes