37ème étape, Varennes en Argonne - Marre, 22km, le front oublié de Verdun

Hôtel du Grand Monarque à Varennes en Argonne.
Hôtel du Grand Monarque à Varennes en Argonne.

Hier soir, il m'a été posé une question piège : pour vous le Breton,  les biscuits LU ça vient d'où ?

Réponse catégorique de ma part : de Nantes, comme l'aurait tout Breton normalement constitué, fut-il nantais !

Et bien non ! Jean-Romain Lefebvre et son épouse Pauline-Isabelle Utile sont nés tous les deux à Varennes en Argonne.

 

 

Pendant mon repas en solitaire, j'ai eu l'occasion de voir une carte définissant l'Argonne. Globalement, l'Argonne se situe pour un gros tiers au Sud-est des Ardennes, pour un gros tiers à l'Ouest de la Meuse, rive gauche de la rivière Meuse, et pour un petit tiers à l'Est de la Meuse.

 

À Avouer, le vitrail des Poilus.
À Avouer, le vitrail des Poilus.

C'était une petite journée aujourd'hui, petite journée qui s'est allongée par de longues pauses.

La 1ere, je l'ai faite au cimetière militaire français d'Avocourt. Il comprend 1800 soldats morts autour de la cote 304 et le Mort-Homme ( prononcer Mortomme).

Il y avait là un panneau expliquant la bataille de Verdun.

Le 21 février 1916, le Kronprinz qui dirige les armées allemandes confie au Général Falkenhayn l'offensive. C'est l'opération GERICHT qui commence par une immense opération d'artillerie sur un front de plus de 30km au nord de Verdun.

Dès le 25 février, le fort de Douaumont tombe aux mains des Allemands. Il ne sera repris que le 24 octobre de la même année

 

Je me suis arrêté à l'église d'Avocourt qui était ouverte. C'est une église et un village intégralement reconstruits après la guerre. Dans l'église, de jolis vitraux, notamment un représentant des soldats près d'une croix métallique. J'ai vu cette croix en passant : elle est faite de 2  IPN métalliques.

Et puis, il y avait un vitrail de Ste Anne, alors faute de célébration en ce jeudi de l'Ascension, les mots sont venus tout seuls le plus naturellement du monde  :

 

 

 

 

Santez Anna, o Mamm karet

D'or sudarded maru ér Brézél

Ér baradouiz, reit ni ho ped

Eurusted ha peah eternél.

Sainte Anne, o mère bien aimée, à nos soldats morts à la guerre

Donne, nous t'en prions, au paradis, le bonheur et la paix éternelle.

Deit om aman perhinderion

De inourein Mamm gozh Jézus

Ha d'ar ré varu rein alezon

Alezon ur bedenn greduz.

Nous sommes venus ici, pèlerins, pour honorer la grand mère de Jésus

Et à ceux qui sont morts, faire l'offrande, l'offrande d'une prière fervente.

 

Un homme du village m'a expliqué qu'en1914, il y avait 920 habitants. Ceux ci ont dû tout quitter et aller se réfugier à Bar le Duc. Le village a été intégralement détruit. Ceux qui sont revenus, à partir de 1921, lorsqu'un minimum avait été reconstruit, étaient beaucoup moins nombreux. Aujourd'hui, il n'y a plus que 103 habitants.

 

Au loin, le monument de la cote 304
Au loin, le monument de la cote 304

Puis je me suis arrêté à Esnes en Argonne. Tout d'abord au cimetière militaire français qui comprend 6661 tombes de soldats tombés ici en 1916.

L'église était aussi ouverte. Elle est dédiée à St Martin et tous les vitraux relatent sa vie.

Près de l'église, il y avait une exposition faite par une femme passionnée de la guerre 14-18. Elle collecte tout ce qui a trait de près ou de loin à la vie de sa commune pendant la grande guerre.

Mme le Maire, à titre personnel, lui donne un coup de main.

Elles m'ont ainsi expliqué l'importance de la cote 304 ( car elle se trouve à 304 m d'altitude sur les cartes d'état-major de l'époque).

En juin 1916, les Allemands ont essayé d'attaquer cette colline par le flanc nord en employant des liquides enflammés.

Jusqu'en juin 1917, cette position sera régulièrement assiégée par l'ennemi. Au cours de l'été 1917, Verdun est libre.

 

Mme le Maire m'a expliqué que, demain, elle reçoit une délégation de Danois, venus de leur pays en bus. Pendant la grande guerre, les Danois étaient alliés aux Allemands. Et le 26 mai 1917, un Régiment Danois a attaqué la cote 304 (qui se trouve sur le territoire communal). Ce Régiment a été repoussé en ayant beaucoup de pertes.

Je lui ai demandé comment se fait ce type de réception. C'est une démarche laissée à l'initiative des maires. Alors, elle accueillera officiellement la délégation en mairie, elle accompagnera le groupe à la cote 304, avec son écharpe tricolore. Elle demandera l'aide d'une équipe de passionnés qui viendront en tenue de poilus de 14 et elle mettra à disposition la salle communale pour un pique-nique tiré du sac.

 

Lors de ma visite de l'exposition, j'ai appris qu'en juin 1940, le sous-lieutenant Mitterrand avait été blessé à Esnes en Argonne. En 1990, lors de sa venue sur place, il avait été fait citoyen d'honneur de la commune.

 

Les communes d'Avocourt, d'Esnes, de Chattancourt et de Marre ont été détruites pendant la guerre puis reconstruites. Elles n'ont pas droit au titre de "Mort pour la France" comme les communes que je traverserai demain.