Un Français, roi de Pologne

Comment Henri, duc d'Angoulême, puis duc d'Orléans, puis duc d'Anjou devint roi de Pologne ?

Comment un malchanceux voit la chance lui sourire ?

Henri III, roi de Pologne de 1573 à 1575 et roi de France de 1574 à 1589
Henri III, roi de Pologne de 1573 à 1575 et roi de France de 1574 à 1589


Petit-Fils de Francois 1er, mort en 1547, Henri (alors Alexandre) est le 3ème fils du roi Henti II ; autrement dit, il n'a aucune chance de régner.
Mais dans sa famille, on joue bien volontiers avec le sort.
 

Son père, Henri II (fils de François Ier), se marie à Catherine de Médicis.
En 1559, après avoir régner 12 ans, il a la malchance d'être gravement blessé à l'oeil par un éclat de lance, lors d'un tournoi contre le capitaine de sa garde écossaise, Gabriel de Montgommery

 

C'est son 1er fils qui lui succéde : François II.
Il ne régne que 17 mois (1559-1560). Mais pour avoir confié trop de pouvoir aux Guise, hostiles aux protestants, on considère que son règne fut le prélude aux guerres de religion. Il meurt sans enfant.


C'est son frère Charles IX qui lui succède et devient roi à l'âge de 10 ans. Son règne sera marqué par les guerres de religion.

Sous le règne de son frère Charles, Henri s'est illustré comme chef de l'armée royale en remportant sur les protestants les batailles de Jarnac et de Moncontour.

En mai 1572, toujours dans le camp des catholiques, il  trucide le plus de protestants possible

 

Charles IX meurt à 23 ans en 1574, sans héritier mâle.

C'est ainsi qu'en 1574 Henri III se voit proposer la couronne de France.

 

 

Henri III et son épouse Louise de Lorraine
Henri III et son épouse Louise de Lorraine

Comment est-il devenu roi de Pologne ?

 Pour le comprendre, il faut revenir légèrement en arrière.

Le 11 mai 1573, alors que son frère Charles IX règne en France, la chance lui sourit. Alors qu'il n'est que duc d'Anjou, grâce à Catherine de Médicis, sa manœuvrière de mère aux palabres légendaires, il est élu roi de Pologne et grand duc de Lithuanie, sous le titre d'Henryk IV Walezy. Bien entendu, il est ravi d'avoir une couronne à coiffer, mais sachant Charles son royal frère malade, Henri tarde à quitter Paris pour rejoindre son nouveau pays.

 Pourquoi traine-t'il ?

Non par inquiétude fraternelle (il n'en a aucune) mais par peur de perdre la couronne de France si son frère aîné allait en chercher une plus glorieuse au Ciel et que François de France, le petit dernier, frère d'Henri, l'ambitieux et envieux duc d'Alençon venait à se saisir du diadème royal.

Mais à force de voir leur nouveau roi tergiverser, la délégation polonaise finit par s’exaspérer. Au bout de 7 mois d'attente, la mission diplomatique polonaise convainc son roi  qu'il est temps pour lui de rejoindre son nouveau pays, au plus vite. Ou alors, la couronne serait offerte à un autre prince. Henryk qui connait l'adage "un tiens vaut mieux que deux tu l'auras" comprend le conseil. Aux arguments polonais s'ajoutent l'ordre de son frère qui, à moitié mourant, le regard mauvais, lui commande de quitter la France. Ainsi en février 1574 le prince franchit la frontière de son royaume. Il s'installe à Cracovie dans le château royal du Wawel, attendant fiévreusement des nouvelles de France lui annonçant le trépas de son royal frère. Pour Henryk, pas de nouvelle, mauvaise nouvelle.

 

Le pays de l'Aigle blanc couronné

 Henryk règne sur un royaume qui, à ses yeux, a tout d'une république nobiliaire, et cela lui déplait. En effet, le système politique polonais est original puisque le roi, qui a été élu, règne sans gouverner. Chose curieuse pour Henryck, depuis le 28 janvier 1573, la Confédération de Varsovie qui fixe les conditions d'élection du roi de Pologne par les nobles, impose à tous la tolérance religieuse. Henryck est roi à la condition de protéger ses sujets, quelque soit la religion qu'ils pratiquent. 

 

Si on ajoute à cela le climat de Cracovie qui est au frimas dès octobre, il n'est pas étonnant que dès l'annonce de la mort de son frère le 14 juin 1574 Henryk ait eu hâte d' ajouter la couronne de France à celle de Pologne (quitte à perdre cette dernière). Quatre jours plus tard après avoir reçu la bonne nouvelle du décès, affiché  la triste mine qui convenait à un deuil, Henryk s’évade du pays de l'aigle blanc couronné, accompagné d'une petite escorte de fidèles. Craignant que ses sujets le retiennent, son départ s'est passé de nuit. Et comme le précise Voltaire, il part comme  "on s’enfuit de prison". Henryk n'avait régné que 146 jours en Pologne.

Source Château des Tuileries

 

 

Quelques anecdotes sur Henri III

Henri III et ses mignons
Henri III et ses mignons

Les Mignons

 

À la cour, il aime promouvoir des hommes de noblesse moyenne, à qui il va donner de très hautes responsabilités, à l'image des ducs de Joyeuse et d'Épernon. Henri III veut s'appuyer sur ces hommes neufs, qui lui sont complètement dévoués, pour régner. De cette façon, Henri III marginalise les plus grandes familles nobles, qui pourraient constituer un obstacle au pouvoir royal. Sa cour voit donc apparaître des favoris qui connaissent, grâce au roi, une fortune fulgurante et qu'on va appeler vulgairement les mignons.

 

Bilboquet en bois
Bilboquet en bois

Le bilboquet


Le bilboquet est composé de deux parties principales : un bâton de bois comportant une petite écuelle de réception, avec ou sans bocquet, et une boule de bois ou d’ivoire, percée ou non, selon qu’on la reçoit sur l’écuelle ou sur le bocquet. Une cordelette reliera les deux parties pour éviter de passer l’essentiel du jeu à récupérer la boule ! Ce jouet que l’on rencontrait à la cour, deviendra un instrument de luxe, puisque la noblesse s’offrira des bilboquets d’os, d’ivoire, de bois précieux enrichis d’incrustations d’or et d’argent, et sculptés de mille manières.

Immanquablement le nom de Bilboquet évoquera la cour d’Henri III, ce fils de Catherine de Médicis, et son aréopage de « mignons » poudrés et bijoutés, qui s’adonnaient avec passion à ce jeu d’adresse. Pierre de l’Estoile, chroniqueur de la vie d’Henri III écrira: « Le roi commença à porter un bilboquet à la main, même allant dans les rues et s’en jouait comme font les petits enfants. Et à son imitation les ducs d’Esparnon et de Joyeuse s’en accommodaient comme les gentilshommes, les pages et les courtisans ». Le caprice du souverain en fit l’engouement de tous. Comme l’imaginera Marivaux, la fureur de jouer part d’un homme et s’étend à tout un peuple.

Chaise percée alors en usage à la cour
Chaise percée alors en usage à la cour

Sa fin tragique

 

ce 1er août 1589, vers huit heures du matin, Henri III accueille sur sa chaise percée le procureur général accompagné d’un moine dominicain ligueur, Jacques Clément, qui se dit porteur de nouvelles en provenance du Louvre. Devant l'insistance du religieux à vouloir parler en privé avec le souverain, Roger de Bellegarde, premier gentilhomme de la Chambre, laisse le moine s'approcher du roi. Selon les versions des chroniqueurs de l'époque, le roi reste sur sa chaise percée ou se lève pour s'entretenir dans l'embrasure d'une fenêtre. Jacques Clément en profite pour frapper le roi au bas ventre avec le couteau qu'il tenait dissimulé sous son habit. Henri III se lève, arrache le couteau de son intestin perforé et s'en sert pour frapper son assaillant en s’écriant : "Méchant moine, tu m'as tué ! "

 

N'ayant aucun héritier mâle, son jeune frère François de France étant mort en 1584, Henri III désigne sur son lit de mort Henri de Navarre pour lui succéder.